Pourquoi l’occitan et la culture d’oc doivent être défendus Le dimanche 24 octobre, les organisations de parents et d’enseignants du domaine occitan appellent à manifester à Carcassonne pour la défense de la langue et de la culture d’oc, cette langue de France qui couvre un tiers des départements. On pourrait s’en étonner, dans la mesure où les langues dites « régionales » viennent d’être reconnues dans la Constitution, où le gouvernement actuel a annoncé qu’une loi sera bientôt discutée au Parlement. Et cela dans un temps où, comme le montrent les sondages, le rapport des Français à leurs langues s’est considérablement apaisé, au point qu’une nette majorité se déclare favorable à leur présence et à leur promotion, que les effectifs des élèves qui souhaitent les connaître sont en augmentation, malgré toutes les difficultés.
L’idée selon laquelle la connaissance de la langue nationale serait exclusive de toutes les autres, qui la menaceraient dans son rôle de langue commune, a donc sérieusement reculé : ce ne sont pas les langues minorées qui font problème, mais le rouleau compresseur de la langue de la mondialisation capitaliste. De même, on ne peut défendre le français, concurrencé rudement à l’extérieur, en refusant le droit à l’existence, à l’intérieur, aux autres langues de France. Une langue serait-elle plus belle ou plus efficace qu’une autre ? Les linguistes ont montré depuis assez longtemps que toutes les langues sont des créations qui contribuent au patrimoine de l’humanité, que chacune, dès lors que ses usagers en ont pris la décision, et qu’ils peuvent s’en donner les moyens, peut porter toutes les connaissances. Enfin est aussi en recul l’argument selon lequel les langues autres que la langue nationale relèveraient de la seule sphère privée, à l’instar des religions, puisque l’on peut disposer de plusieurs langues, et c’est même recommandable, alors que l’appartenance religieuse est unique, ou nulle, ce qui est impossible en matière de langue.
Mais… le nombre des enseignants recrutés pour enseigner les langues régionales dans l’Éducation nationale est passé de 60 en 2002 à 15 en 2008. Or c’est dans le secteur public que s’effectue pour l’essentiel leur enseignement. Ce que réclament les manifestants de Carcassonne, ce sont donc des moyens concrets de prise en compte dans l’espace public d’un patrimoine vivant, bien entendu dans un cadre non contraignant qui ferait pièce au français langue commune.
Est visé d’abord le secteur éducatif. Il s’agit de favoriser une politique d’offre d’enseignement, en vue de mettre en place, de la maternelle à l’université, des cursus qui soient à la disposition de ceux qui souhaitent prendre cette option : connaître une langue et une culture présentes sur le territoire de la République.
Ensuite, et là encore sans exclusivité ni contrainte, est revendiquée la présence dans la vie publique, de la signalisation routière à la place dans les médias, aujourd’hui homéopathique ou contestée. Comme la reconnaissance, dans le monde culturel, des créations de toute nature qui ont choisi de faire vivre ce patrimoine sous toutes ses formes, en particulier littéraires et musicales.
Bien sûr, ces mesures ne peuvent être mises en œuvre en dehors des intéressés d’une part, et des collectivités locales de l'autre : chacune de ces langues et cultures dispose de particularités héritées de l’histoire. Qu’on pense à l’usage du créole antillais, pour revendiquer la justice sociale en Guadeloupe… Les manœuvres du pouvoir actuel dans ce domaine peuvent aboutir à laisser à ces collectivités locales la seule responsabilité de traiter de ces questions, bien entendu sans aucun moyen, alors que l’État est le garant nécessaire pour la liberté et l’égalité des langues de France.
Le courant progressiste, depuis Jaurès qui revendiquait déjà une place à l’école pour ces langues populaires, jusqu’à Félix Castan, chantre de la décentralisation culturelle, en passant par Aragon préfaçant une anthologie de la littérature occitane, le Breton Yann Sohier ou le Catalan Cerda, s’est inscrit dans l’histoire de ce combat. On ne peut donc que souhaiter sa présence active à Carcassonne, comme dans la lutte pour proposer une loi progressiste.
Pour signer la pétition Anem Oc ! (Allons-y !) : http://manifestarperloccitan.com/ Pour prendre contact avec le Réseau des langues et cultures de France : http://jacques.blin2.free.fr/languesjacques.htm